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Prime de précarité apprenti : pourquoi elle n'est pas versée et ce qui l'est

Prime de précarité apprenti : la réponse est non, sauf texte plus favorable

À l'issue d'un contrat d'apprentissage, aucune indemnité de fin de contrat n'est due par la loi. La fiche officielle consacrée à la fin du CDD le confirme : l'apprentissage, comme la professionnalisation, n'ouvre pas droit à la prime de précarité, sauf si la convention collective applicable la prévoit. Peu importe que le contrat ait duré six mois ou trois ans, ou que le diplôme soit obtenu : l'employeur n'ajoute pas 10 % de la rémunération brute sur le dernier bulletin.

La logique tient à la nature du contrat. L'indemnité de l'article L1243-8 compense la situation d'un salarié embauché pour un besoin temporaire, sans perspective durable. L'apprenti, lui, est recruté pour suivre une formation en alternance qui mène à un diplôme ou à un titre professionnel, avec un maître d'apprentissage et un centre de formation. Le Code du travail le soumet à des règles propres, rassemblées dans sa sixième partie consacrée à la formation professionnelle, et non au régime du CDD ordinaire.

Un indice clair dans le texte même du Code

L'article L6222-18, qui encadre la rupture du contrat d'apprentissage, illustre ce choix. Lorsque l'entreprise est placée en liquidation judiciaire, le liquidateur notifie la rupture à l'apprenti et le texte renvoie alors en partie aux règles d'indemnisation de l'article L1243-4, à l'exception expresse de l'indemnité prévue à l'article L1243-8. Même dans cette situation subie, la prime de précarité apprenti reste donc écartée par le législateur, ce qui ferme la porte aux interprétations contraires.

Ce que l'apprenti perçoit vraiment au terme de son contrat

Le dernier bulletin comprend d'abord le salaire du dernier mois, au moins égal au barème de l'article D6222-26. Ce minimum dépend de l'âge et de l'année d'exécution du contrat : 27 % du SMIC pour un apprenti de 16 ou 17 ans en première année, 43 % entre 18 et 20 ans, 53 % entre 21 et 25 ans, jusqu'à 78 % pour ce dernier groupe en troisième année. Dès 26 ans, le taux atteint 100 %, ou le minimum conventionnel de l'emploi s'il est supérieur.

S'y ajoute l'indemnité compensatrice de congés payés pour les jours acquis et non pris. L'article L6222-23 fait bénéficier l'apprenti des règles applicables à l'ensemble des salariés, et l'article L3141-28 prévoit cette indemnité dès que le contrat s'achève avant que tous les congés aient été posés, quelle que soit la partie à l'origine de la fin du contrat. C'est souvent la seule somme supplémentaire du bulletin final, à ne pas confondre avec une prime de précarité apprenti, qui n'existe pas.

Les documents remis le dernier jour

L'employeur remet aussi un certificat de travail, exigé par l'article L1234-19 à la fin de tout contrat, une attestation destinée à France Travail et un reçu pour solde de tout compte qui inventorie les sommes versées (article L1234-20). Ce reçu peut être dénoncé dans les six mois qui suivent sa signature ; passé ce délai, il libère l'employeur pour les seules sommes qui y figurent. Contrôler le décompte des congés avant de signer évite bien des réclamations tardives.

Contrat d'apprentissage prime de précarité : les idées reçues à corriger

Première confusion : un contrat d'apprentissage à durée limitée ressemble à un CDD, mais il n'en suit pas le régime de fin de contrat. L'article L6222-7 permet d'ailleurs de le conclure pour une durée limitée ou pour une durée indéterminée. Dans ce second cas, le contrat débute par une période d'apprentissage, puis les règles générales du contrat de travail prennent le relais ; la relation se poursuivant, aucune indemnité de fin de contrat n'a lieu d'être versée.

Deuxième confusion : on évoque parfois une « prime de fin d'apprentissage ». Aucun texte général ne crée une telle somme. Elle n'existe que si une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage de l'entreprise la prévoit expressément ; c'est alors ce texte qui fixe son montant et ses conditions. Le nom de la convention collective applicable figure sur les bulletins de paie, ce qui permet de la retrouver et de vérifier en quelques minutes si une clause de ce type existe.

Diplôme obtenu ou échec : aucune incidence sur la prime

Le résultat de l'examen ne crée aucun droit nouveau. En cas de réussite, l'article L6222-19 autorise l'apprenti à mettre fin au contrat avant son terme, à condition d'en avoir informé l'employeur. En cas d'échec, l'article L6222-11 permet de prolonger l'apprentissage d'un an au plus, par prorogation du contrat initial ou par un nouveau contrat avec un autre employeur. Aucune de ces issues ne fait naître la prime de précarité apprenti que certains espèrent.

Prime de précarité apprenti et rupture avant le terme du contrat

Pendant les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non, l'employeur comme l'apprenti peuvent rompre librement le contrat, selon l'article L6222-18. Au-delà, la rupture passe par un accord écrit signé des deux parties, ou par un licenciement pour force majeure, faute grave de l'apprenti, inaptitude constatée par le médecin du travail ou décès de l'employeur maître d'apprentissage dans une entreprise unipersonnelle. Aucune de ces voies n'ouvre droit à une indemnité de précarité.

L'apprenti peut aussi prendre l'initiative de la rupture après ces 45 jours, en respectant un préavis fixé par décret et en sollicitant d'abord le médiateur de l'apprentissage. Pour un apprenti mineur, l'acte de rupture est également signé par son représentant légal ; faute de réponse de celui-ci, le médiateur peut être saisi pour obtenir son accord sous quinze jours calendaires. Dans tous les cas, restent dus le salaire jusqu'au départ et les congés payés acquis non pris.

Six mois pour retrouver un employeur sans quitter la formation

Une rupture n'interrompt pas forcément le parcours. Selon l'article L6222-18-2, le centre de formation d'apprentis prend les dispositions nécessaires pour que le jeune poursuive sa formation théorique pendant six mois et contribue à lui trouver un nouvel employeur, le temps duquel il a le statut de stagiaire de la formation professionnelle. Le contrat d'apprentissage prime de précarité absente, ce maintien en formation constitue souvent l'appui le plus utile après une rupture.

Après l'apprentissage : quand la prime de précarité redevient due

Une fois l'apprentissage achevé, la prime de précarité apprenti reste hors sujet, mais l'ancien apprenti devient un salarié comme un autre. S'il signe ensuite un CDD de droit commun, chez le même employeur ou ailleurs, ce nouveau contrat relève de l'article L1243-8 : à son terme, et s'il n'est pas suivi d'un CDI, il ouvre droit à une indemnité égale à 10 % de la rémunération totale brute perçue pendant ce CDD, versée avec le dernier salaire et mentionnée sur le bulletin correspondant.

Les exclusions ordinaires s'appliquent alors à ce CDD : rupture à l'initiative du salarié, faute grave, force majeure, refus d'un CDI pour le même emploi ou un emploi similaire à rémunération au moins équivalente, contrat saisonnier ou d'usage, contrat conclu pendant les vacances scolaires ou universitaires. Selon une circulaire de 1992 reprise par la doctrine, un jeune qui vient d'achever ses études et ne les poursuit pas n'est pas considéré comme travaillant pendant ses vacances.

Intérim : les missions de formation restent exclues

Un apprenti peut aussi être embauché par une entreprise de travail temporaire. Dans ce cas, l'article L1251-57 assimile ses périodes de formation en apprentissage à des missions, et l'article L1251-33 écarte l'indemnité de fin de mission pour les missions conclues à ce titre. L'intérimaire retrouve en revanche l'indemnité de 10 % sur ses missions ordinaires, hors cas d'exclusion, s'il n'est pas embauché immédiatement en CDI par l'entreprise utilisatrice.

Apprenti dans une mairie ou un hôpital : pas d'indemnité publique non plus

Les communes, les hôpitaux et les services de l'État recrutent eux aussi des apprentis. Ces jeunes restent liés par un contrat de droit privé et ne relèvent donc pas de l'indemnité de fin de contrat des agents contractuels publics, créée en 2019 et inscrite à l'article L554-3 du code général de la fonction publique. Les fiches statutaires des centres de gestion territoriaux classent expressément l'apprentissage parmi les contrats exclus de ce dispositif, au même titre que les emplois aidés.

La situation de fin de contrat est donc la même que dans une entreprise : salaire versé jusqu'au terme et documents de fin de contrat, sans prime de précarité apprenti. Si le jeune signe ensuite un véritable contrat d'agent contractuel d'un an au plus, renouvellements compris, ce nouvel engagement peut ouvrir droit à l'indemnité publique de 10 %, sous réserve du plafond de deux SMIC et des autres conditions du décret du 23 octobre 2020.

Mobili-Jeune : un soutien au loyer réservé au secteur privé

Action Logement finance, avec l'aide Mobili-Jeune, une partie du loyer des alternants de moins de 30 ans employés par une entreprise privée non agricole et gagnant au plus 120 % du SMIC. Le montant va de 10 à 100 € par mois, dans la limite de 1 100 € par année de formation et pour deux années au maximum. La demande se dépose entre trois mois avant et cinq mois après le début du contrat ou sa date anniversaire.

Vérifier ses sommes en fin d'apprentissage

  • Repérer sur le bulletin de paie le nom de la convention collective et y chercher une éventuelle prime de fin d'apprentissage.
  • Recompter les jours de congés acquis et pris pour contrôler l'indemnité compensatrice de congés payés.
  • Comparer le salaire versé au pourcentage du SMIC prévu pour son âge et son année de contrat.
  • Réclamer le certificat de travail, l'attestation France Travail et le reçu pour solde de tout compte.
  • Dénoncer le reçu pour solde de tout compte dans les six mois si une somme manque.
  • Déposer la demande Mobili-Jeune au plus tard cinq mois après le début ou la date anniversaire du contrat.
  • Après une rupture, contacter le CFA pour poursuivre la formation et chercher un nouvel employeur.

Questions fréquentes

La prime de précarité apprenti est-elle due à la fin du contrat ?

Non. Le contrat d'apprentissage n'ouvre pas droit à l'indemnité de fin de contrat de 10 % prévue pour les CDD, que le diplôme soit obtenu ou non et que le contrat aille ou non jusqu'à son terme. Seule une convention collective, un accord d'entreprise ou un usage plus favorable peut prévoir une somme de ce type ; à défaut, l'employeur ne doit rien à ce titre.

Quelles sommes figurent sur le dernier bulletin d'un apprenti ?

Il perçoit son salaire jusqu'au dernier jour, au moins égal au pourcentage du SMIC fixé selon son âge et son année de contrat, et une indemnité compensatrice pour les congés payés acquis et non pris. Ces montants apparaissent sur le bulletin final et dans le reçu pour solde de tout compte, remis avec le certificat de travail et l'attestation France Travail.

Que faire si le solde de tout compte paraît incomplet ?

Une demande écrite à l'employeur, de préférence en lettre recommandée avec accusé de réception, permet de chiffrer l'écart, par exemple des congés non payés. Le reçu peut être dénoncé dans les six mois suivant sa signature, et l'action en paiement des salaires se prescrit par trois ans. À défaut d'accord amiable, le conseil de prud'hommes peut être saisi.

La prime est-elle due si l'ancien apprenti signe ensuite un CDD ?

Oui, pour ce nouveau contrat seulement. Un CDD de droit commun conclu après l'apprentissage suit l'article L1243-8 : à son terme, sans CDI à la suite et hors cas d'exclusion, il ouvre droit à 10 % de la rémunération brute perçue pendant ce CDD. Les salaires des années d'apprentissage précédentes n'entrent pas dans cette base de calcul.

Organismes et services utiles

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CFDT – conseil juridique aux salariés

Syndicat interprofessionnel qui conseille ses adhérents, apprentis compris, pour vérifier un solde de tout compte, des congés payés ou une prime prévue par la convention collective.
cfdt.fr
03

Action Logement – aide Mobili-Jeune

Aide de 10 à 100 € par mois sur le loyer des alternants de moins de 30 ans d'entreprises privées non agricoles, jusqu'à 1 100 € par année de formation.
actionlogement.fr